L'interview d'Isabelle
Passion Collectif
Présente-toi et dis nous, depuis quand es-tu saltusienne ?
Je suis retraitée de l’Éducation nationale, où j’ai été professeure d’anglais pendant 20 ans, j’ai exercé aussi d’autres métiers, et depuis septembre je suis à la retraite. Mais je n’ai jamais été aussi active !
Ça fait 10 ans que nous sommes ici, nous avons eu un coup de foudre pour la ville, le jardin… Et on avait des amis dans le coin.
Quel est ton endroit préféré à Saint-Ju ?
Mes endroits préférés… c’est pas très objectif ! C’est le Bois Frileux, on investit tellement de rêve, d’utopie, de vision du monde autour de cet endroit. Petit à petit il prend forme, il est embelli par les bénévoles de l’association, comme Michel qui a complètement aménagé le hangar. Et ce qui est très agréable, c’est qu’il est collectif. C’est un lieu de surprises, de rencontres, qui rend hommage aux talents des uns et des autres, puisque c’est un lieu d’expression.
Il fait aussi partie de la mémoire de la ville, parce qu’il reflète l’évolution du tissu industriel. C’était un magasin de négociants de vin au 19e siècle et ensuite il a été agrandi en fonction des besoins. Il est devenu entreprise de produits à base de chaux, qui était extraite dans les carrières juste à côté, l’usine Pincolor. Et puis c’est devenu une entreprise de routage. Il y a eu au fur et à mesure des ajouts de bâtiments, avec une architecture industrielle des années 20, qu’on retrouve aussi dans l’usine Leresche.
La façon dont ce lieu s’est agrandi, c’est aussi comme ça qu’on procède au sein de l’association : on essaye de saisir les opportunités, d’être à l’écoute, de répondre à des besoins… Il n’est pas immédiatement séduisant, mais il est comme une boîte à outils. C’est un membre de l’association qui avait trouvé ce terme.
Et il y a aussi le jardin partagé, qui est au bord du rû d’Ocques. On peut y faire des expériences, on a pas trop à se fatiguer pour cultiver parce que la terre là-bas c’est un limon. On s’y retrouve, on va défricher ensemble… Ce sont des lieux de rencontre. Et j’ai l’impression que c’est ce qui nous manque actuellement dans la société, qui souffre beaucoup du repli sur soi.
Raconte-nous ton meilleur souvenir au village !
Il est tout frais, c’était l’atelier de la semaine dernière. Ça avait lieu chez les Potes Agés, dans le bistrot de l’EHPAD, qui est ouvert à tout le monde. On était en atelier d’écriture de chansons, avec des résidents qui se sont joints à nous et qui tapotaient le rythme sur leurs cuisses.
Stéphanie Acquette (la compositrice qui animait l’atelier – ndlr) a chanté My Way, de Sinatra, pour illustrer la catégorie de chansons “bilan de vie”. Et à côté, quelqu’un qui buvait un verre nous a demandé “Est-ce que je peux vous la faire en espagnol ?” Il a chanté la version espagnole, c’était super beau. Il est revenu deux jours plus tard, il est spécialiste de flamenco donc il nous a joué du flamenco avec sa guitare, fabriquée par sa famille de luthiers en Andalousie. Et ça c’est vraiment mon type de moments préférés, des moments imprévisibles. On va quelque part pour quelque chose, et ce qui se passe est complètement différent.
Cite une chose que tu aimerais voir en plus ici :
Je pense qu’il y aurait besoin d’animateurs, dans l’espace public, pour prendre en charge les jeunes qui sont un peu paumés. Autrefois on appelait ça des gardes champêtres, mais c’est mieux quand ce sont des éducateurs de rue.
Et puis je me pose la question de ce qu’on pourrait faire pour tous les gens qui ont des problèmes de santé mentale, ils manquent de soutien. Ces personnes ne relèvent pas de l’IME, elles n’ont pas de handicap avéré, mais des problèmes de dépression, d’alcoolisme, et malheureusement elles s’abiment. Nous sommes vraiment désemparés, c’est un enjeu pour l’association du Bois Frileux : on se renseigne, on travaille avec l’ARS, on va participer à la semaine de la santé mentale en proposant des activités. Mais ça ne résout pas le problème structurel, qui est qu’au quotidien ces personnes ne sont pas aidées.
La retraite réussit en effet très bien à Isabelle, qui consacre désormais son temps à animer Saint-Julien-du-Sault en proposant des activités pour tous publics avec l’association Bois Frileux et avec le jardin partagé, qu’elle entretient avec d’autres passionnés de jardin.
Chaque mois, retrouvez sur notre site le portrait d’une figure saltusienne.
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